MANGA ARTIST LIFE – part I – Anime Conventions 1/3

Les conventions

Déjà pour résumer, une convention, c’est quoi ?
Un évènement sur le thème du manga/anime à la base, mais concrètement, on y trouve aussi du jeu vidéo, culture sur le Japon, J-pop, et même culture coréenne, k-pop, boy’s band, etc. C’est donc un regroupement de fans autour de ces sujets-là, tous étroitements liés. Donc, si vous êtes “artiste manga”, c’est le lieu parfait pour y construire votre “fan base” !
(La fan base représente en gros le nombre de vos fans)
Il y a aussi internet et les réseaux sociaux pour ça, je vous en parlerai dans la partie V. Le sujet n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît, comme le nombre de vos likes/followers ne sont pas représentatifs de vos potentielles ventes qui vous aideront à vivre de votre art.

Je le précise maintenant, mais tous les sujets abordés sont dans une optique de professionnalisation, pour aider les artistes à pouvoir vivre de leur art. Ce sont surtout des conseils liés à mon expérience dans ce domaine. Ce ne sont pas des recettes miraculeuses non plus, il ne faut pas s’attendre à juste suivre les conseils bêtement et attendre que l’argent rentre tout seul. Si la profession d’artiste est souvent décrédibilisée, c’est parce que la plupart des gens l’assimile à une activité de loisirs pour gamins. Et puis beaucoup de gens ont aussi du mal à accepter qu’on pourrait vivre de cette passion. Il ne faut pas oublier que des gens qui bossent en informatique par exemple, biologistes, chercheurs, libraires, même fromagers, etc. sont des gens qui vivent aussi de leur passion (au moins une bonne partie). Être artiste pro, ce n’est pas juste gribouiller quand on veut et où on veut, quand on en a envie ou non, mais c’est aussi pour beaucoup être capable de dessiner ce qu’on nous demande, qu’on aime ou non, même si on n’en a pas envie.

Je vais tout d’abord répondre à une question que beaucoup se posent sur les conventions, pour les artistes :
Est-ce que c’est rentable ?

Si je devais vous répondre de façon simple, je vous dirais que ,”Oui”, c’est possible. Néanmoins, il faut prendre plusieurs choses en compte:
– Votre niveau artistique. Avez-vous un niveau “professionnel” ? Bon, en fait, ça ne veut pas dire grand chose, mais si je devais reformuler :
Est-ce que votre art est à un niveau suffisant pour pouvoir en vivre ? Est-ce que suffisamment de gens sont-ils prêts à acheter vos créations ?
– Les produits/créations que vous proposez. Comment est-ce que vous allez vendre votre art ? Sous quelle forme ?
– La qualité de la convention. Quelle convention choisir ?
– Votre comportement et aptitude à parler aux visiteurs en convention.

Le premier point sur le niveau artistique est le plus important, parce que c’est un peu comme une grosse étape à franchir, pour passer le pas pour entrer dans le monde des conventions, parmi les exposants ! Pour mon cas, j’ai commencé à aller en convention en 2001 en tant que visiteur et je passais tout mon temps à squatter les stands “Fanzines”. Il m’arrivait aussi de temps en temps de passer de l’autre côté du stand. C’est un bon moyen de tester !
Le plus dur, c’est de savoir si on a le “niveau” ou non… Quand votre entourage, famille, amis, etc. vous disent que vous êtes doué, c’est sympa, mais ce n’est pas du tout représentatif. Vous dessinez juste mieux qu’eux, mais pas forcément suffisamment bien. Par contre, l’avis le plus important serait ceux d’autres artistes !
Réussir à avoir un avis franc, c’est aussi autre chose… Ne demandez pas l’avis des autres dans l’espoir d’entendre “carrément, ouais, trop bien ce que tu fais !”

Vous savez, la première fois que j’avais un stand en convention, je n’étais encore qu’un étudiant fauché. J’avais testé une nouvelle petite convention qui s’était installée dans la ville où j’habitais (Orléans), du nom de Japan Rumble. Il n’y avait eu que 2 éditions, assez peu de visiteurs. Les stands n’étaient vraiment pas chers (10-20€, pas plus). J’avais juste 2 artbooks imprimés chez l’imprimeur local du coin, avec une thermo reliure, ça faisait presque comme un format de rapport de stage… Et puis quelques posters A3 imprimés au même endroit. Ces posters m’avaient coûté dans les 0.60€/unité pour un grammage de 160g/m² (assez rigide) et j’en ai vendu quelques uns à 3€/unité. Aussi quelques cartes. Ça m’avait permis de rentabiliser le stand et les impressions, j’étais assez content pour une première fois (surtout avec 100% d’originaux) ! A l’époque, je faisais ça juste pour essayer de me faire connaître, pas du tout dans l’optique d’en vivre.
J’ai retenté à la seconde édition l’année d’après.
J’avais adoré discuter avec les visiteurs, les gens qui s’arrêtaient pour vous parler, curieux d’en savoir plus sur vos travaux, etc.
J’étais assez réservé à l’époque, je ne savais pas trop comment parler aux gens. Mais il faut savoir que lorsqu’une personne s’arrête sur votre stand, c’est qu’elle s’intéresse un minimum à ce que vous faites. Tout de suite, le contact est beaucoup plus agréable !

Parmi les artistes dessinateurs en convention, vous en trouverez principalement 2 types :
– Ceux qui vont vendre de l’original
– Et ceux qui vont vendre du fan art.
– Il y a aussi ceux qui font des deux. Mais quelle est réellement la différence vis-à-vis du public ?
Le fan art va toujours attirer l’oeil des gens, parce qu’ils vont reconnaître des personnages qu’ils connaissent. Aux yeux de ce public-là, dans la majeure partie des cas, vous ne serez plus un artiste, mais un simple vendeur de cartes/posters. Vous vendrez parce qu’une personne aura reconnu un perso dessiné populaire, que vous n’avez pas créé.
>> “Wah, t’as vu, y a le perso AAA de la série VVV!”
Dans le cas de ventes de créations originales, les gens achèteront pour vos créations. Ces acheteurs retiendront votre nom et seraient potentiellement des clients réguliers, qui passeront vous voir chaque année.
>> “Wah ! T’as vu ce qu’il/elle dessine, c’est pas mal du tout !”
Bien évidemment, ce n’est pas absolu, certaines personnes arrivent à sublimer des fan arts par leur propre style.
>> “Génial, AAA dessiné par cet artiste, c’est trop cool !”
Mais soyons honnête, ce type d’artistes ne court pas les rues (pas inexistant non plus hein).

Dans le premier cas, votre fanbase potentielle se cale sur les fans des séries utilisées. Les clients achèteront pour un perso, mais pas pour vous, ce qui en fait une fanbase assez instable et qui ne dépend que des séries que vous allez dessiner.
Dans le 2è cas, si vous travaillez régulièrement vos projets, ça ne pourra qu’être bénéfique sur le long terme. Votre fanbase serait stable et progressera, lentement mais sûrement.
Pour le 3è cas, je vous en parlerai plutôt dans la partie III, qui est consacrée à ce sujet. Idem concernant la légalité du fan art.

Ensuite, comment vendre votre art ? Sous quelle forme ?
Tout d’abord, vous avez ce qu’on appelle un “fanzine” (fan + magazine, production généralement amateure). Au Japon, on appelle ça aussi un “Doujinshi” (doujin = amateur, shi pour magazine). Ça peut s’exprimer sous forme de manga, oneshot ou série en plusieurs volumes, ou encore sous forme de livre d’illustration (artbook).
C’est en moyenne dans les 30 à 60 pages. Vous pouvez en trouver à 12 pages ou à plus de 200 pages.
Mais le premier conseil que je peux vous donner à ce sujet, c’est de ne surtout pas comparer avec le marché “pro”, avec le prix des mangas en librairie, par exemple. Si vous voulez vous aligner sur ces prix-là, vous ne serez jamais rentable (à moins de vendre autant qu’eux).
Plus l’impression de livres a de tirages, moins ça coûtera cher à l’unité. Un éditeur pro va faire imprimer dans les 3000 exemplaires minimum pour un tome de manga. Vous, en tant qu’exposant, vous serez peut-être dans les 20-50 exemplaires au début.
Pour vous donner un exemple, sur le coût d’un manga de 180 pages avec sa jaquette (totalement random pas vérifié, mais ça montre l’idée):
– pour l’éditeur, ça va lui coût genre 1€ à l’unité (pour 3000ex)
– pour l’artiste amateur, peut-être 15€ voire plus (pour 30ex)
Donc, la règle N°1 de base, c’est de ne jamais vendre à perte !
Ça paraît stupide de dire ça, mais j’ai déjà vu de nombreuses artistes faire ça.

Quelle quantité ?
Bien sûr, au début, on ne sait jamais comment commencer, combien de livres à imprimer, combien de cartes, posters, etc.
Si vous commencez par une “petite” convention (j’entends pas là une convention d’au moins 2000-4000 visiteurs minimum, ou bien 1000 visiteurs dans un cadre plus spécialisé), le mieux est de tester sur des petites quantité, comme 30ex par exemple. Pour quoi au moins 30ex. ? Parce que c’est souvent à partir de 30ex. que les coûts peuvent permettre un minimum de bénéfices.
Si ça se vend assez bien (tout ou au moins 2/3 on va dire), vous pourrez envisager plus pour une convention d’ampleur Japan Expo (au moins 100ex).
Japan Expo est devenue une convention assez coûteuse pour les artistes. Donc pour la rentabiliser, il faudra assez de stock, qui vous permettra de rentabiliser tous vos frais.
Règle N°2 : si vous voulez rentabiliser une convention, assurez-vous que votre stock soit suffisant pour y arriver !
Je veux dire par là que si vos frais s’élèvent à, on va dire 300€ pour une convention (stand, déplacement, hébergement), et que si vous n’avez que 40 livres que vous vendez à 5€/unité, vous ne gagnerez qu’au total 200€. Donc, sans même y aller, vous saurez que ça ne vaudra pas le coup…

En dehors des fanzines/doujinshi, que pouvez-vous faire d’autre ?
– Si vous n’avez vraiment pas beaucoup d’argent, vous pouvez commencer par faire imprimer des cartes et des posters (format A3). C’est ce qu’il y a de plus facile à imprimer, plus accessible (des imprimeries locales suffisent).
Les posters peuvent rapporter beaucoup, comme ça peut vous coûter dans les 0,50€ à moins et que ça se vend de nos jours dans les 3 à 5€ le poster (certains artistes en France font plus cher). Admettons que vous commencez avec 50 posters (on va dire 5 visuels différents, 10ex de chaque). A 0,50€, les 50 posters vont vous coûter 25€, il vous suffirait d’en vendre au moins 7 posters à 4€ pour rentabiliser le coûts des 50 posters. Le reste des posters rapporteront directement du bénéfice (172€). Si vous êtes plus confiant, à 5€ le poster, il faut en vendre 5 pour tout rentabiliser, et le reste vous rapporterait 225€.
Si votre stand vous a coûté 50€, ça vous ferait 175€ de bénéfices.
Tout ça, c’était pour vous expliquer rapidement comment calculer tout ça.

Bon, ça peut rapporter mais quelles sont les éventuels inconvénients (pour les cartes et posters)?
Les cartes, il faut en vendre vraiment beaucoup pour que leurs bénéfices soient assez intéressants. Au début, vous les vendez (1€ généralement), parce que ça reste quand même assez intéressant, mais au bout d’un moment, ça deviendra plutôt du produit promotionnel, à offrir pour inciter à plus de ventes pour des produits plus chers.
Pour les posters, et bien c’est lourd à porter et il faut faire très attention à ne pas les abîmer. A organiser à l’arrière d’un stand, ce n’est pas évident. Un autre inconvénient, c’est qu’on entend toujours beaucoup de visiteurs dire “Je n’ai plus de place dans ma chambre pour accrocher de nouveaux posters !” Et un dernier inconvénient, c’est que c’est difficile de sortir du lot, comme au moins 75% des stands vont ne vendre que des cartes et posters aussi…

Pour les produits autres que cartes et posters, il y a maintenant beaucoup de choix. Je vous en parlerai dans la partie IV !

Ensuite, dans ce qui revient moins cher, vous avez les illustrations originales. Certains vont faire des dessins à la demande/commissions sur place, d’autres vont juste préparer des dessins comme il veulent et les proposer directement à la vente sur le stand.
Une illustration originale se vend bien sûr plus cher qu’un poster, comme c’est d’une part unique pour chaque illustration et que ça peut prendre du temps à réaliser. Les préparer chez vous vous permettra de vous concentrer sur les ventes pendant la convention.

Conseils pour la vente, très important :
– Si vous vendez des fan arts, le fait de reconnaître des personnages est plus ou moins suffisant pour les clients.
– Concernant les originaux, il faut partir du principe que la plupart des visiteurs ne vous connaissent pas. Même si c’est très beau, ça ne changera rien la plupart du temps. Par contre, si vous discutez avec les clients, vous leur parlez de vos projets, histoires, etc. Je peux vous garantir que ça augmentera vos ventes ! Pour le coup, ce ne serait pas juste +10% ou +20% de ventes, ce serait plutôt dans l’ordre de 2 fois à 3 fois plus de ventes ! Ce qui est loin d’être négligeable…

Le plus important dans tout ça, c’est de pouvoir être original, réussir à sortir du lot en évitant déjà de faire comme tout le monde.
Pour ma part, voici un peu l’historique des produits que j’ai proposés depuis mes premières conventions :
– 2006 : cartes, posters + artbook imprimé en local.
– 2007 : cartes, posters + artbook (avec couverture cartonnée).
– 2008 : 1er fanzine (manga en série), cartes, posters et poster géant (70x100cm)
– 2009 : 2è numéro du fanzine (suite) + 1er fanzine, cartes, posters et poster géant.
(De 2007 à 2009, j’étais avec d’autres artistes, mais à partir de 2010, j’ai décidé de passer en solo)
– 2010 : nouveau fanzine sous forme de manga oneshot, posters (plus de cartes) et illustrations originales, artbook (couverture cartonnée avec jaquette).
(En 2011, j’étais au Japon, je n’ai pas trop fait de conventions, ou sans nouveauté)
– 2012 : 4 nouveaux oneshots, avec un coffret collector, nouvel artbook, forex à la place des posters (pvc de 3mm format 70x100cm), et figurine en résine.
– 2013 : 1 nouveau oneshot, nouvel artbook, forex, nouveau coffret collector, tissus microfibre, porte-clés en acrylique, T-shirts (avec simple impression sur cadre à l’avant seulement), sacs imprimés.
– 2014 : 1 nouveau oneshot, nouvelle figurine en résine, nouveau coffret collector, sacs imprimés, forex et bâches en pvc.
– 2015 : 1 nouveau oneshot, 1 nouveau fanbook, nouvel artbook conceptuel en PVC transparent, nouvelle figurine (chibi), nouveau coffret collector, T-shirt en Full graphic (impression sur toute la surface), bâches en pvc, acrylic pop et diorama (figurines 2D), clear files, tissus microfibre, sacs imprimés.
– 2016 : 1 nouveau fanbook, nouvel artbook en PVC transparent, nouveaux T-shirts full graphic, cartes en PVC transparents, impressions de jaquettes de oneshot avec effet Cold Foil.

Donc voilà, dans la partie IV, ça sera plus détaillé avec des photos !

Dans la partie “ANIME CONVENTIONS 2/3”, je vous parlerai des conventions qui nécessitent du déplacement, d’abord en France, puis autres pays d’Europe. Ensuite, ce sera carrément sur les conventions à l’étranger, comme aux US, Japon, etc. !

SOMMAIRE
Manga Artist Life – Introduction
Manga Artist Life – part I – Anime Conventions 1/3
Manga Artist Life – part I – Anime Conventions 2/3
Manga Artist Life – part I – Anime Conventions 3/3
Manga Artist Life – part II – Fan Art rules
Manga Artist Life – part III – Modern Tools 1/3
Manga Artist Life – part III – Modern Tools 2/3
Manga Artist Life – part III – Modern Tools 3/3
Manga Artist Life – part IV – Fanbase & Clients
Manga Artist Life – part V – Original
Manga Artist Life – part VI – Books and Goods printing
Manga Artist Life – part VII – Notes & Conclusion

3 thoughts on “MANGA ARTIST LIFE – part I – Anime Conventions 1/3

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