MANGA ARTIST LIFE – part II – Fan Art rules

Lorsqu’on commence à se professionnaliser (ou juste aller en convention en amateur), on en vient toujours à se poser la question : les fan arts, on a le droit ou pas ?

Il faut distinguer 2 situations :
– du fan art qui ne rapporte pas d’argent, que vous ne vendez pas, juste pour le plaisir (et éventuellement pour acquérir de la popularité).
– du fan art qu’on vend sous différentes formes : imprimés (cartes, posters par exemple), fanbook, etc

Ce qui est légalement le plus reproché sur les fan arts, c’est lorsque c’est exploité pour faire de l’argent.
“Ok, mais du coup à partir de quelle somme peut-on considérer que ça constitue une gène pour les ayant-droits ?”

Dans l’absolu, il faut savoir que la vente de fan arts est interdite, parce que c’est de l’exploitation de licence sans autorisation des ayant-droits.
Juste au cas où, rappel: les ayant-droits sont juste ceux qui détiennent les droits (et créateurs) des licences.

Le grand tord de faire du fan art, c’est quand on se fait de l’argent dessus, donc dans la première situation (faire du fan art seulement par plaisir, sans gain d’argent), il n’y a rien à craindre.

En France

En France, il y a très peu d’informations à ce sujet, contrairement aux US et au Japon…
Quel que soit le pays, à partir du moment où un artiste vit de ventes de fan arts, il n’est plus dans la légalité. Il n’y a plus aucun respect envers les ayant-droits à ce niveau-là…

Alors comment ça se passe en France ?

Depuis quelques années, à Japan Expo et à Paris Manga, l’ayant-droit Bandai fait intervenir des douaniers pour contrôler toutes leurs licences (One Piece, DBZ, Bleach, etc.). Pour les boutiques pro (revendeurs), il y a des risques de fermeture de stand en plus de dédommagements à payer.
Pour les artistes, il y a juste perquisition de tous les produits liés aux licences concernées.
Et depuis 2018, l’ayant-droit Pokémon Company fait venir la douane à Japan Expo pour les licences Pokémon.
Donc faites très attention avec ces licences !

Certaines conventions ont des règles sur les fan arts :
Par exemple, à Polymanga (Suisse) comme à Art to Play (Nantes) vous n’avez droit qu’à 50% de fan arts. A Mang’Azur à Toulon, seulement 30% de fan arts.
Beaucoup de conventions n’ont pas de règlement de ce genre. Ça arrive plus souvent aux conventions où les places sont limitées et où il faut passer par des sélections.

Pour le contrôle de toutes les autres licences, ça reste plus compliqué, tout dépend de revendeurs officiels sur les licences, qui ont des droits de commercialisation des dites licences.
Ce qui veut dire que c’est “safe” tant que les ayant-droits ne se plaignent pas (ça ne veut pas dire qu’ils n’en ont pas la volonté, juste que c’est assez compliqué pour eux de le faire).

Aux USA

Beaucoup d’ayant-droits officiels japonais sont présents là-bas, avec des succursales US, donc c’est beaucoup plus surveillé (en convention et sur internet) et très informé.

Ce qui n’empêche pas la grande majorité des artistes US de vendre beaucoup de fan arts en convention. Bien sûr, ils ne font pas ça n’importe comment, ils ne visent que des licences non surveillées, généralement d’animes très récents, d’actualité.

Pour certaines licences US, les artistes demandent directement des autorisations, si les ayant-droits tolèrent ou non.

Là-bas, il y a un contexte très différent par rapport à la France : les conventions restent dans un cadre très fans, de passionnés, ce qui en fait du public idéal pour les artistes. Mais même s’il y a beaucoup de conventions dans l’année, il reste la plupart du temps assez compliqué d’avoir un stand. Parce qu’il y a toujours énormément de demandes par rapport aux places disponibles. Il y a donc des systèmes de “premier arrivé, premier servi” avec des inscriptions qui se bouclent en 5 minutes (vraiment !), ou de loterie…
Avec un tel contexte, lorsque l’on arrive à avoir un stand, on essaie de tout faire (fan arts) pour gagner un max d’argent.
Je ne suis pas vraiment d’accord avec ça, mais bon…

Au Japon

Bien sûr, beaucoup vont dire “Hé mais au Japon, il y a le Comiket avec des tonnes de fan arts et tout ! Pourquoi eux ils ont le droit et pas nous ?!”

Comme aux US, c’est très “surveillé”. Enfin généralement les ayant-droits qui veulent interdire la production amateure utilisant leur licence, font un communiqué, et les japonais le respecte.

Ensuite, il y a une règle très claire :
La vente de doujins basés sur des licences ne peut que se faire sous certaines conditions :
– Sous forme de doujinshi (livres), c’est autorisé, si ce n’est vendu que pendant la période d’une convention. Les goods doivent être très limités, de préférence vendus en set avec les doujinshi seulement.
– Les artistes qui ne vendent que des goods basés sur licence, sur leur stand, sont assez mal vus.

Quelques remarques

Votre but est de vivre en tant qu’artiste pro, alors quel est votre objectif sur le long terme ? Pour les “fanartistes”, est-ce que vous comptez dépendre des licences des autres pour le reste de votre carrière ?

– Savez-vous pourquoi vendre du fan art abusivement est un problème moral ?
Tout d’abord, on est tous d’accord sur le fait qu’à ce niveau-là (chez ceux qui ne gagnent leur vie qu’avec du fan art), on ne peut plus appeler ça du “fan art”, ça n’a plus rien de “fan”. Surtout chez les artistes qui vont faire des illustrations de séries qu’ils n’ont même pas regardées (ou qui ont regardé vite fait, histoire de dire qu’ils ont quand même vu).

Ensuite, pour répondre à la question, des sommes colossales sont investies pour la promo de productions originales. Des séries deviennent connues, pas seulement parce qu’elles sont bien, mais bien parce qu’il y a du très gros boulot de communication aussi.
Lorsque l’on a un projet personnel de manga, par exemple, on a toujours peur que ça n’intéresse personne, ou que ça ne touche pas suffisamment de personnes… D’où l’importance de la communication.
Vendre du fan art, c’est profiter du travail des autres aussi dans les efforts de communication.

Qu’on soit bien clair, ce n’est pas grâce aux fanartistes, que des séries sont connues (surtout si on se dit que les fanartistes ciblent les séries déjà connues !)… Je dis ça parce que j’en ai vu dans des réseaux sociaux qui y croient vraiment…

– Contrairement à ce que l’on peut penser, les originaux peuvent très bien se vendre en convention…
Les likes/RT, etc. ne reflètent pas du tout les potentielles ventes…
Si vous voulez vendre Original + Fan arts, il faut faire attention à bien doser. Trop de fan arts éclipseront vos travaux originaux.

Fan Art V.S. Original ?

– Beaucoup d’artistes vendent des fan arts parce qu’ils sont persuadés que ça se vend bien mieux que de l’original. Les nombre de Likes, Favs, Retweets, etc. de Fan Art v.s. Original pourraient le témoigner ?
C’est le plus gros piège dans lequel tout le monde tombe…

– Ce qui est sûr, c’est que le fan art se vend “facilement”. Les gens reconnaissent leur perso favori, ils achètent.
Le “risque”, c’est que même si l’illustration est super bien, si des gens n’aiment pas le personnage, ils n’achèteront pas, alors que ça aurait pu le faire si c’était avec un personnage original.
Aussi, vous êtes en “concurrence” directe avec tous les autres artistes qui font des fan arts des mêmes séries.

– Pour du fan art, le public va le plus souvent avoir un budget fan arts à diviser entre plusieurs artistes. Par expérience personnelle, je trouve que le public dépense plus pour de l’original sur un stand que si c’était pour du fan art.

– Sur le long terme, avec de l’original, vous bâtissez une fanbase stable qui va s’intéresser principalement à vous et à vos travaux. Pour les fan arts, c’est très instable, comme votre “fanbase” ne va dépendre que des séries que vous allez dessiner, pour beaucoup.
Vous ne pouvez pas vraiment “convertir” votre fanbase…

Pour rappel, personnellement je dessine principalement de l’original, mais je fais du fan art de temps en temps. En convention, je suis en 80% original 20% fan arts à peu près.
Je n’ai rien contre les gens qui font des fan arts, par contre, c’est différent pour ceux qui abusent…

Le pire, c’est quand des artistes de ce genre vont voir certaines de leurs illustrations (fan arts) volées par des boutiques de contrefaçons, ils vont aller se plaindre sur les réseaux sociaux (quand ils ne sont pas sur place)… Dans ce cas, vous pouvez faire quoi ? C’est comme un voleur qui vole un autre voleur, difficile d’aller reporter ça.

Je me souviens d’un cas dans une convention aux US : une artiste vendait un fan art en poster (parmi beaucoup d’autres) et on lui a reporté qu’une des boutiques dans la même convention avait volé cette même illustration pour la revendre dans leur boutique. L’artiste est partie se plaindre au niveau du staff, qui du coup a dû demander de vérifier que ce soit bien elle l’illustratrice en remettant le fichier psd de l’illustration.
Le temps qu’elle arrive à récupérer le fichier psd (le même jour, en convention), la boutique en question avait déjà vendu tous les posters de ce fan art. En rajoutant une remarque à l’illustratrice “maintenant, tu sais que ce fan art se vend très bien, t’as vu ! 😉 “

Ce qui me fait penser d’ailleurs, justement, que les fan arts sont très exposés aux vols par d’autres boutiques qui vendent des contrefaçons et autres illustrations volées…

Donc, essayez quand même de penser sur le long terme…

Dans la partie suivante, je vais parler des moyens plus “modernes” pour gagner de l’argent en tant qu’artiste pro, avec tout ce qui concerne le crowdfunding (financement participatif, avec Kickstarter, Ulule), les systèmes de crowdfunding permanents et régulier Patreon et Tipeee. Il y a aussi de l’apport financier possible via du streaming avec Twitch, etc.

SOMMAIRE
Manga Artist Life – Introduction
Manga Artist Life – part I – Anime Conventions 1/3
Manga Artist Life – part I – Anime Conventions 2/3
Manga Artist Life – part I – Anime Conventions 3/3
Manga Artist Life – part II – Fan Art rules
Manga Artist Life – part III – Modern Tools 1/3
Manga Artist Life – part III – Modern Tools 2/3
Manga Artist Life – part III – Modern Tools 3/3
Manga Artist Life – part IV – Fanbase & Clients
Manga Artist Life – part V – Original
Manga Artist Life – part VI – Books and Goods printing
Manga Artist Life – part VII – Notes & Conclusion

5 thoughts on “MANGA ARTIST LIFE – part II – Fan Art rules

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