MANGA ARTIST LIFE – part V – Original

Je reviens un peu sur la définition du terme “original”:
On parle d’original dans le sens de création originale, pas de fan art. On dessine ses propres créations, sa propre histoire, son propre univers.

Vous savez, on oppose toujours le fan art et l’original. Pourtant il ne faut pas oublier que les fan arts sont des illustrations de projets originaux à la base ! D’un côté (original), on dessine ses propres persos et de l’autre (fan art) on dessine le perso des autres artistes.

Devenir Mangaka

Lorsque votre objectif, c’est de devenir mangaka, dessiner du manga, des planches, généralement on ne se pose pas de question, on se lance dans son propre projet.
On a envie de le présenter au monde. Au début, à un cercle restreint, les proches, puis on veut se faire éditer pour le montrer à beaucoup plus de monde. Le fan art devient beaucoup plus occasionnel et vraiment par pur plaisir (sauf si on pense qu’on peut grappiller un peu de fans…).
Dans ce cas-là, il faut foncer dans son projet, être productif.

Qu’on veuille signer un contrat avec une maison d’édition ou qu’on veuille faire ça en auto-édition, l’expérience compte beaucoup. Il faut être productif.
De nombreux artistes en France ne dessinent pas beaucoup de planches, enfin même pas l’équivalent d’un chapitre, une dizaine de planches par-ci par-là, ont des idées pour une histoire et veulent se faire éditer. Sans même jamais finir un chapitre…!

Faire du manga demande de beaucoup d’expérience dans la conception de planches. Il ne suffit pas juste de savoir bien dessiner, il faut savoir raconter, faire de belles mises en pages, rendre la lecture agréable.

Pour moi, c’est juste suicidaire de vouloir se lancer avec zéro expérience.

Des artistes sont capables de passer des années en espérant se faire éditer comme ça, juste avec quelques planches, toujours sans expérience, sans jamais rien de concrétisé. Au lieu d’attendre bêtement des réponses à des dossiers, sans jamais se remettre en question.
La procrastination a toujours bon dos, c’est juste un moyen de fuir la réalité, les responsabilités…

En France, il y a toujours énormément de préjugés envers les artistes, envers le métier d’artiste. Souvent décrédibilisé, parce que finalement, il n’y a pas tant d’artistes édités de nos jours, surtout pour le pays dont on dit qu’il est le 2è plus grand consommateur de manga dans le monde…
Quand on voit le manque de motivation parfois, on comprend pourquoi on ne nous prend pas plus au sérieux.

Je vous assure, avec zéro expérience en manga et un contrat sous la main, c’est-à-dire des deadlines, de la pression, vous ferez rarement les meilleurs choix créatifs de votre vie.

Tout ça, pour juste se faire éditer pour 1 à 3 tomes, puis après quoi…?

Enfin bon, ce qu’il faut retenir là, si vous voulez être un jour mangaka, et surtout le rester, c’est qu’il faut faire preuve de motivation et de productivité.

Être motivé, c’est pas juste dire “je suis motivé”, c’est quelque chose qui se montre, il faut faire ses preuves, montrer par les actes que vous l’êtes !

Manga en auto-édition

Lorsqu’on part en auto-édition, l’erreur première est de vouloir conserver le format classique d’édition avec des tomes de 200 pages.
A moins d’être capable de vendre rapidement au moins 500 à 1000ex par tome, vous aurez du mal à vivre de votre art.

Pour vous parler d’exemple plus concret:
– Si vous faites un manga de 200 pages (format A5), on va dire avec un tirage de 200ex, ça pourrait vous revenir à environ 4€ unité, sans jaquette. Vous allez le vendre combien ? 8€ ?
Vous allez mettre combien de temps pour faire ces 200 pages ? 1 an ? Pour combien si vous arrivez à tout vendre ? En retirant les coûts d’impression, ça vous fait 800€, pour un an.

– Si vous optez pour une publication par chapitre, disons de 40 pages chacun, donc 5 chapitres (toujours format A5, pour l’exemple).
Chaque chapitre vous coûtera environ 300€, soit 1,50€ par livre que vous pourrez vendre 5€, donc 3,50€ de bénéfices par chapitre. Et donc chaque chapitre vous rapportera 700€ de bénéfices.
Multipliez ça par 5 chapitres, ça vous apportera déjà 3.500€ pour 200 pages., pour 1 an.

Vous pouvez déjà constater la différence…
Bien évidemment, 3500€ par an, ce n’est pas énorme. Il faut soit réussir à augmenter le volume de ventes, soit compléter autrement, avec des mini-artbooks, sketchbooks, et/ou goods.
Enfin après, c’est pour le premier tome. Avec plus de tomes, vous aurez plus de titres à vendre, plus de rentrées d’argent, quoiqu’il arrive (sauf si votre manga ne plaît pas, mais là il faut pouvoir se remettre en question bien avant d’en arriver là…).

Pour ma part, j’avais songé sérieusement à l’auto-publication à partir de 2012, après 1 an au Japon. J’ai repris les conventions avec 5 oneshots (4 nouveaux, le premier étant sorti en 2010), chacun entre 30 et 50 pages. Je me débrouillais pour les vendre tous ensemble, en pack avec d’autres goods et artbooks à côté.
Ensuite, j’étais sur un rythme d’1 oneshot (environ 50 pages) par an. Au total, j’ai vendu un peu plus de 1.000ex chacun, avec juste quelques conventions par an.

Original Illustrations

Voilà, là c’est un peu plus compliqué parce qu’on se retrouve toujours à comparer la popularité des illustrations originales avec les fan arts… Ça nous amène toujours à prendre de mauvaises décisions.

Comme je l’expliquais dans la partie précédente, soit on ne fait que de l’original, soit on trouve un bon équilibre entre l’original et le fan art.

Par expérience, la cohabitation entre les deux est toujours difficile. Si on fait trop de fan arts, ça fait de l’ombre aux travaux originaux, à un point où on finit par penser que l’original n’intéresse personne. Pourtant, s’il n’y avait pas de fan art à côté, ça se vendrait largement mieux.

Mon autre avis, c’est que le public a un budget plus limité par artiste pour du fan art. Pour de l’original, les gens sont capables de dépenser beaucoup plus d’un coup !

Vous savez, aussi l’une des grosses différences entre le fan art et l’original, au niveau des ventes, c’est que le fan art peut se vendre à des jeunes qui connaissent bien les séries. L’original, lui, se vend surtout à un public de jeunes adultes et adultes. Lorsqu’on est jeune, on s’intéresse difficilement à des choses peu connues.

Pour bien vendre de l’original, vous pouvez aussi vendre de l’original “original”. Je veux dire par là, sur des supports originaux, des prints avec effets spéciaux, etc.

Que ce soit pour du manga ou des illustrations, en Original, n’oubliez pas que le public ne vous connaît pas et encore moins vos productions originales. Ça pourrait leur plaire, mais on est dans un contexte où il se vend des tonnes de titres de manga différents, que ça coûte cher et qu’on n’a pas le temps de tout tester. Résultat, en convention, vous pouvez entendre des “Ça a l’air trop bien ce truc”, puis le temps que vous levez la tête, ils sont déjà partis.
Les raisons :
– Ils ne vous connaissent pas
– Ne connaissent pas vos oeuvres
– Ne savent pas que vous êtes l’artiste
Ça, c’est genre 2/3 des gens qui passent devant votre stand en convention. Si vous ne faites pas l’effort de leur parler pour vous présenter, vous, vos projets, vos travaux, etc. vous perdrez simplement ces clients potentiels.

Ne produisez pas quelque chose en pensant que ça va plaire plus que ce que vous aurez plus envie de faire.
Vous allez juste passer beaucoup de temps à dessiner des choses que vous n’aimez pas forcément. Surtout pour du manga où ça prend beaucoup plus de temps.

C’est le meilleur moyen de perdre en motivation et inspiration.

Nous arrivons à la dernière partie de cette série d’articles, conseils pour les prix de vente et impressions de livres, goods, etc.

SOMMAIRE
Manga Artist Life – Introduction
Manga Artist Life – part I – Anime Conventions 1/3
Manga Artist Life – part I – Anime Conventions 2/3
Manga Artist Life – part I – Anime Conventions 3/3
Manga Artist Life – part II – Fan Art rules
Manga Artist Life – part III – Modern Tools 1/3
Manga Artist Life – part III – Modern Tools 2/3
Manga Artist Life – part III – Modern Tools 3/3
Manga Artist Life – part IV – Fanbase & Clients
Manga Artist Life – part V – Original
Manga Artist Life – part VI – Books and Goods printing
Manga Artist Life – part VII – Notes & Conclusion

5 thoughts on “MANGA ARTIST LIFE – part V – Original

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*
*
Website

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.