MANGA ARTIST LIFE – part VII – Notes & Conclusion

J’ai encore quelques petites choses à dire pour compléter un peu tous ces articles sur Manga Artist Life, plus dans l’ordre du moral.

Déjà, je rappelle que je n’ai exposé que mon point de vue. Je ne dis pas que si vous voulez être artiste pro, il faut faire tout ça, chacun choisit sa façon de faire, chacun trace sa route.
Je ne donne que des informations qui pourraient éventuellement vous aider, vous donner des idées.

Je suis un peu dans le milieu (des artistes “manga”) depuis pas mal d’années maintenant. J’ai découvert un peu les communautés d’artistes français depuis les premières conventions en tant que visiteur (c’était au Cartoonist de Toulon en 2001, la convention la plus populaire de l’époque).
Les choses ont beaucoup changé depuis :

Le métier de Mangaka en France

Ça avait commencé à peu près en 2002-2003 (3-4 auteurs) avec un pic d’auteurs français vers 2007-2009 (une bonne cinquantaine d’auteurs).
Il faut dire que cette dernière période était assez chaotique avec un éditeur qui publiait “n’importe qui”. Genre vous dessinez un petit truc en convention (sur une fresque par exemple), l’éditeur voit ça et propose si ça vous intéresse de vous faire éditer (?!).  Je ne dis pas que les artistes étaient mauvais, mais plutôt que la gestion de l’édition de manga français, c’était du gros n’importe quoi !
Grosse conséquence suite à cette grosse catastrophe industrielle, c’est que ça a collé une bien mauvaise image aux artistes français…
“Du manga français ? Euh non merci…”
Certains auteurs ont pu rester surtout parce que leur éditeur avait plus de moyens que les autres.
Il aura fallu attendre quelques années (jusqu’en 2014-2015), le contexte de l’édition du manga fait que ça vaut peut-être le coup d’éditer des auteurs français.
Ankama avait commencé une collection de mangas FR en 2008, mais ce n’était pas totalement assumé. “On veut faire du manga à la sauce française” mais je ne pense pas que c’est si qui intéresse vraiment les gens. Enfin concrètement, les gens cherchent juste de bons mangas…
Je pense que ça a commencé à reprendre de l’intérêt quand les éditeurs ont compris qu’il fallait arrêter avec cette chimère qu’est le “manfra” (nom horrible qui n’aide pas à promouvoir les artistes FR), avec cette histoire de style “hybride”.
Ce n’est pas parce qu’un certain manga est encore sur le marché et qu’il a un style “hybride” que ça veut dire que ça marche bien et qu’il faut faire pareil ! (beaucoup d’autres titres de mangas FR se sont bien mieux vendus que celui-là d’ailleurs)
Bref, l’éditeur Ankama a commencé à publier du manga un peu plus assumé au niveau des styles, se sont aussi ramenés sur le marché les éditeurs Glénat, Kana et Ki-oon pour du manga français (pour parler des plus gros).

Il y a eu beaucoup d’évolution dans ce milieu, mais j’ai l’impression que ça reste encore fragile…
Un certain manga d’un youtubeur FR se fait bien remarquer et explosant les ventes mêmes des mangas JP (ceux traduits par les éditeurs FR) en France.
Cela démontre parfaitement le rôle important de la communication dans le milieu de l’édition. Là pour le coup, le youtubeur fait lui-même sa comm’, comme il est assez connu.

Ayant moi-même déjà été au Japon pour rencontrer des éditeurs de différentes grandes maisons d’édition (Shueisha, Kodansha, Kadokawa, Square-Enix), je peux vous dire qu’il est facile d’expliquer pourquoi ça reste compliqué de se faire éditer en France.
De toute façon, il suffit de faire un constat là maintenant : combien y a-t-il d’auteurs FR édités en ce moment ? Parmi ces auteurs, combien vont rester, combien vous arrêter ?

Certains auteurs vont aussi parler du fait de ne jamais accepter de contrat d’édition à moins de 10.000€ à 15.000€ par tome, mais il faut prendre en compte beaucoup de paramètres derrière ça :
– le nombre de pages par tome
– la fréquence de sortie des tomes
– le prix de vente par tome
– votre part en droits d’auteurs
Parce que sortir un manga de plus de 200 pages, 1 tome par an, pour 15.000€, ça reste très maigre quand même pour la quantité de travail…
Et puis bien sûr, tout dépend des moyens financiers de l’éditeur. L’éditeur ne débourse pas seulement pour la rémunération de l’artiste, il doit aussi payer les impressions des mangas, la comm’, distribution, etc.
Si vous négociez avec un éditeur (pas un trop petit non plus) et qu’il vous dit qu’il n’a pas les moyens de vous proposer 10k à 15k€ par tome, c’est qu’il y a des raisons.
Se faire éditer à tout prix, faire couler l’éditeur, se faire un mauvais CV (cf les ventes du manga qui n’a pas bien vendu), ne plus se faire éditer, arrêter de dessiner. Voilà ce qui a le plus de chance de se passer…

Négociez intelligemment avec l’éditeur. Remettez en question vos objectifs. Ça ne sert à rien de signer des contrats de 15k€ si c’est pour faire 250 pages. Soyez raisonnables, faites de tomes plus courts (130-150 pages je dirais), le prix de vente pourra rester le même sûrement,
Le résultat sera : tomes qui sortent plus rapidement, plus fréquemment. Plus d’argent gagné par mois (vous gagnez autant mais sur une durée plus courte).

Cela dit, lorsqu’un auteur fait un manga qui se déroule dans une ville en France, je pense qu’il y a de fortes chances de pouvoir récupérer des subventions par cette ville, ce qui fait un apport supplémentaire pour les revenus. Par cette méthode-là, on s’inquiète un peu moins pour les chiffres de vente…

Sinon pour en revenir au petit nombre d’auteurs français publiés en manga en France, mettez-vous à la place de éditeurs :
Vous allez éditer un mec inconnu qui ne fait aucun effort de comm’ et qui n’a jamais rien concrétisé/publié ?
L’avantage de faire des conventions en auto-publication, c’est qu’on a la chance de pouvoir faire ses preuves et de montrer aux éditeurs qu’on vaut quelque chose.
Mais franchement, quand ça marche suffisamment bien en solo, il faudrait vraiment que l’éditeur propose du lourd pour envisager de signer avec eux…

J’en vois beaucoup d’artistes pas trop mauvais qui refuse de se lancer dans l’auto-publication, faire les conventions, etc. et qui veulent juste se faire éditer à tout prix, quitte à se faire payer au lance-pierres ou par n’importe quel éditeur…

Trop d’artistes qui attendent juste en se tournant les pouces (à comprendre zéro productivité) qu’un éditeur tombe du ciel, leur cire les pompes et leur apporte les ventes et la popularité qui leur sont dus.
“Tinqiuète, quand je serai pro, je serai productif de ouf !”

si vous voulez vous en sortir en tant que mangaka pro, il n’y a pas de secret, il faut bosser, plancher et faire ses preuves avant d’exiger quoi que ce soit !

La vie d’Illustrateur indépendant

Je ne vais pas parler d’illustrateurs freelance, mais surtout de ceux qui vendent leur propre art, sans commanditaire, par leurs propres moyens.

De nos jours, il y a beaucoup de moyens qui permettent à ces illustrateurs de vivre de leur art : les commissions via internet, les conventions, les sites de crowdfunding, le streaming, etc.

Mais c’est comme ce que j’ai dit plus haut, l’argent ne tombe pas du ciel, il faut se bouger et être productif !

Pour toutes les questions concernant les Fan Arts, pensez surtout sur le long terme, comment vous vous imaginez plus tard. N’attendez pas d’être au pied du mur avant de vous lancer dans un projet original (si vous projetez de faire ça plus tard). C’est comme pour le manga, c’est quelque chose qui se travaille, qui a besoin d’expériences

Pour ma part, si j’étais un simple fanartist, je ne sais pas si j’arriverais à toujours garder ma motivation intacte. Il faut constamment se “renseigner” (sur internet, ça se repère facilement…) sur les animes populaires, ou jeux. Savoir jongler entre les licences avec ce qui est toléré et ce qui ne l’est pas.
Certains de ces artistes font juste croire qu’ils sont fans des séries/animes/jeux dont ils font des fan arts, moi je ne pourrais pas…

Même au niveau de votre égo en tant qu’artiste, se dire qu’on ne dépend que du travail des autres, ce n’est pas forcément bon pour le moral, même si on vend assez bien.
On se met encore plus la pression en se disant qu’en se mettant à l’original, on ne gagnera jamais autant…

C’est toujours plus facile de dire que ça marche pour les autres parce qu’ils sont plus connus ou parce qu’ils ont vendu leur âme à je ne sais qui…

Conclusion

Que ce soit dans le cadre du métier de mangaka ou d’illustrateur, il faut toujours se demander ce qu’on a envie de faire vraiment. Pas faire quelque chose pour vendre (paramètre le plus souvent aléatoire et faux), mais faire quelque chose pour soi et qui plaise aux autres.

Dans l’absolu, le public s’intéresse beaucoup plus à ce qui sort vraiment de votre tête, de vos tripes, de votre passion, plutôt que quelque chose qui n’est fait que dans l’intention de vendre.

Pourquoi est-ce que vous voulez devenir artiste pro ?
Parce que vous adorez dessiner et que vous voulez vivre de votre art ?
Parce que vous avez des histoires à raconter ?
Parce que vous pensez que vous ne savez faire que ça dans la vie ?
Parce que vous voulez être connu comme les auteurs que vous adorez ?

Le plus important, c’est d’être clair dans votre objectif. Ne laissez pas les autres dire ce que vous ne pourrez pas faire. Avancez dans une direction, c’est déjà quelque chose de non-négligeable !
Et puis, si votre objectif change en cours de route, pourquoi pas ?

J’ai beaucoup parlé de conventions parce que j’adore ça, déjà voyager, parler à des personnes qui viennent sur mon stand qui s’intéressent à mes travaux, discuter avec les autres exposants, artistes. Je ne me prends pas la tête et ça paie !

J’ai globalement parlé de toutes les méthodes (à ma connaissance) qui peuvent aider les artistes à vivre-survivre, pour donner des idées.

Le tout est de s’y mettre et de ne pas avoir peur d’avancer.

Je rajouterai quelques annexes à ces articles où il y aura des témoignages d’autres artistes selon certains points ciblés.

En cette année 2019, je vais essayer d’écrire un peu plus régulièrement sur ce blog (au moins 1 article par mois, ce serait déjà bien) et monologuer sur beaucoup de choses en rapport à ces articles Manga Artist Life, d’actualités, au milieu de news sur mes travaux.

C’était assez long d’écrire tout ça. Il n’y a pas beaucoup d’images, de photos.
Peut-être que je publierai ça un jour en petit livret, au propre, pour ceux qui préfèrent le papier pour lire.

Merci d’avoir passé du temps à lire tout ça !

SOMMAIRE
Manga Artist Life – Introduction
Manga Artist Life – part I – Anime Conventions 1/3
Manga Artist Life – part I – Anime Conventions 2/3
Manga Artist Life – part I – Anime Conventions 3/3
Manga Artist Life – part II – Fan Art rules
Manga Artist Life – part III – Modern Tools 1/3
Manga Artist Life – part III – Modern Tools 2/3
Manga Artist Life – part III – Modern Tools 3/3
Manga Artist Life – part IV – Fanbase & Clients
Manga Artist Life – part V – Original
Manga Artist Life – part VI – Books and Goods printing
Manga Artist Life – part VII – Notes & Conclusion

5 thoughts on “MANGA ARTIST LIFE – part VII – Notes & Conclusion

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